top of page

Yoroï : L’enterrement de l’introspection par la bouffonnerie

  • Photo du rédacteur: irw20
    irw20
  • il y a 3 jours
  • 3 min de lecture

J’avais abordé Yoroï avec un mélange d’attentes et de curiosité ; il y avait chez moi ce petit espoir naïf que l’on puisse voir quelque chose de vraiment fort, sincère, et moderne dans le cinéma de genre français. Après tout, on nous annonçait un budget conséquent (≈ 14 millions d’euros), une sortie importante en salles, et un artiste comme Orelsan — habitué à se livrer — qui voulait aborder des thèmes graves à travers la métaphore de l’armure et des yōkaïs.


La déception est d’autant plus amère que Yoroï a été pensé comme un projet ambitieux, où Orelsan s’est véritablement investi physiquement et personnellement. Il s’est entraîné pendant des mois entre boxe, taekwondo et cascades, répétant les chorégraphies de combat comme s’il s’agissait d’un vrai film d’action.  Même l’actrice principale, Clara Choï, a suivi un entraînement intensif pour muscler son jeu et étoffer le couple à l’écran.

Pourtant, dès les premières minutes, quelque chose cloche. Là où Yoroï aurait pu explorer avec profondeur la crise intérieure d’un homme en lutte contre ses peurs et ses contradictions, on a l’impression que le récit se dilue dans des scènes d’action maladroites, des effets spéciaux inégaux et une écriture qui hésite entre comédie, drame et fantaisie sans jamais s’engager pleinement dans aucune direction. Le résultat visuel est parfois séduisant, certains yōkaïs sont inventifs, et on sent une vraie énergie sur la mise en scène… mais cette énergie ne se transforme jamais en cohésion narrative ou émotionnelle.

Ce manque de direction se reflète directement dans la réception du film. Malgré une distribution dans 363 salles et une promotion conséquente, Yoroï a connu une fréquentation décevante en salles, avec environ 277 600 entrées en six semaines et un recul drastique après les premières semaines, ce qui indique un public qui ne s’est pas massivement déplacé.

Et cela se ressent aussi dans les réactions des spectateurs : certains saluent l’univers visuel et l’originalité de l’ambition, d’autres critiquent des dialogues inégaux, des poncifs narratifs et des scènes qui tombent à plat, au point pour certains d’évoquer une impression de film “foutraque” ou sans direction claire.

Ce qui rend Yoroï d’autant plus frustrant, c’est que l’intention sincère d’Orelsan — parler de mal‑être, de peur, de responsabilités et de construction personnelle à travers des métaphores visuelles fortes — finit par être enterrée sous une bouffonnerie qui refuse le sérieux que ses propres thèmes réclament. Là où le film aurait pu devenir une vraie introspection sur la peur de grandir, il devient un produit hybride sans rythme ni punch véritables, malgré quelques scènes d’action et une esthétique travaillée.

Verdict : Douche froideYoroï n’est pas un navet complet, mais c’est une grosse déception : un film qui semblait promis à quelque chose de marquant, et qui se retrouve à mi‑chemin, sans conviction ni cohérence. Une grande occasion manquée, malgré une énergie et une sincérité évidentes derrière la caméra.


Température de douche : 8 °C — froide, frustrante, et amère.

P.S. — Pour les curieux

Il existe un documentaire intitulé Yoroï, un an dans l’armure, disponible sur Amazon Prime Video, qui plonge dans les coulisses de la production. Et c’est là que l’on voit parfois le contraste le plus frappant : l’équipe est concentrée sur la mise en scène, les cascades et les scènes d’action, tandis que l’aspect scénaristique et dramaturgique est presque absent du documentaire, ce qui en dit long sur les priorités du projet. Pour ceux qui s’intéressent à la genèse du film et à ses intentions, ce making‑of offre un regard instructif, bien plus vivant que le film lui-même


Pour explorer l’intégralité du blog et accéder à tous les articles, cliquez sur la petite maison verte ci-dessous !


Commentaires


© 2035 by Écho des Ombres. Powered and secured by Wix 

bottom of page