2:22 : le crash avant le décollage
- irw20
- 24 janv.
- 3 min de lecture

2:22 appartient pleinement à la première catégorie de ce dossier « Douches froides » : celle des films dont on attendait quelque chose. Non par excès d’optimisme, mais parce que plusieurs signaux laissaient espérer un minimum de tenue : un concept fantastique accrocheur, une promesse de thriller métaphysique, et surtout une note globale sur SensCritique étonnamment correcte, laissant penser à un film imparfait mais défendable. Cette attente, même modérée, suffit à transformer l’expérience en véritable douche froide.
Il est des films mauvais, et il y a 2:22. Ce n’est pas un simple ratage : c’est une épreuve de force, une insulte caractérisée envers quiconque a déjà mis les pieds dans un aéroport ou possède une paire d’yeux fonctionnelle. J’adore le fantastique, je suis prêt à beaucoup pardonner pour un frisson surnaturel, une idée, un vertige. Mais ici, le réalisateur Paul Currie réussit l’exploit rare de saborder son propre film avant même qu’il ne quitte le port. Le naufrage est rapide, brutal, et se joue en trois actes concentrés dans les vingt premières minutes, transformant un thriller potentiel en comédie involontaire.
Le premier clou du cercueil est planté dès la neuvième minute. Nous sommes dans une tour de contrôle aérien, lieu censé incarner la rigueur absolue, la précision et la responsabilité écrasante. Dans 2:22, c’est une annexe du PMU du coin. On y découvre Dylan, notre “héros”, gérant le trafic aérien comme on jouerait à la roulette russe. L’ambiance est à la vanne, au pari stupide, au « ça passe ou ça casse ». Des vies humaines deviennent un jeu d’ego entre collègues. C’est d’une bêtise abyssale. Le film nous demande de croire à un génie incompris alors qu’il ne montre qu’un personnage irresponsable, écrit sans la moindre compréhension de son métier. À cet instant précis, le film perd toute crédibilité : on ne croit plus au personnage, on ne croit plus à sa fonction, et l’immersion vole en éclats sous le poids d’une écriture d’une fainéantise crasse.
La sanction tombe logiquement quelques minutes plus tard. Le crash est évité de justesse dans le récit, mais le crash cinématographique, lui, est total. Dylan est suspendu, et le spectateur devrait l’être aussi. Mais le calvaire continue. Vers la vingtième minute, alors qu’on pense avoir touché le fond, 2:22 sort une pelle et creuse encore.
Le héros se rend alors à un spectacle censé lui changer les idées. Ce que le film inflige au spectateur tient de l’agression visuelle : un ballet de “danse aérienne” noyé sous des hologrammes spatiaux d’une laideur sans nom. Une esthétique prétentieuse, vide, pseudo-artistique, filmée avec la subtilité d’une publicité pour gel douche. C’est laid, la musique est insupportable, et c’est pourtant là, au cœur de ce désert de bon goût, que se joue la rencontre romantique centrale du film. Une scène d’une banalité confondante, sans alchimie ni émotion, qui achève de faire basculer le film dans le ridicule.
La suite ne fera que confirmer l’impression initiale. 2:22 se croit intelligent avec ses motifs répétitifs, ses coïncidences appuyées et sa conclusion fantastique tirée par les cheveux. Mais derrière ce vernis cosmique, il n’y a rien. Une coquille vide, mal écrite, mal jouée, visuellement datée, et incapable de comprendre les codes du genre qu’elle prétend explorer.
La seule bonne nouvelle à retenir de cette débâcle, c’est que Paul Currie a eu la décence — volontaire ou non — de ne pas récidiver derrière la caméra. Sa filmographie en tant que réalisateur est quasi inexistante, et c’est sans doute un soulagement pour le septième art. 2:22 reste ainsi comme un ovni de médiocrité, un film qui vise le vertige métaphysique et s’écrase lourdement au sol.
Verdict : Douche froide (catégorie 1)Température : 6 °C Une vraie douche froide : celle qui surprend non parce que le film est mauvais, mais parce que sa réception relativement indulgente laissait espérer un minimum de rigueur, d’intelligence ou de cohérence.
P.S. : La note globale sur SensCritique et d'autre site reste l’un des grands mystères du film. J’en déduis qu’elle est sans doute portée par un public « romance du dimanche soir » ou « fantastique bon enfant », prêt à pardonner toutes les incohérences — notamment cette tour de contrôle grotesque — tant qu’on lui sert une histoire d’amour tiède et une fin vaguement cosmique. Pour quiconque cherche un film fantastique rigoureux et bien écrit, la note devrait être bien plus basse.
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