[Critique] The Rule of Jenny Pen : Le crépuscule d'un lion en cage
- irw20
- 2 janv.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 5 janv.

Note : 7,5/10 — Première Shadowz (Inédit en France) Disponible en VF et VOSTFR (Privilégiez la VOSTFR pour le duel vocal)
Dès ses premières minutes, The Rule of Jenny Pen impose une immersion brutale dans un univers où la vulnérabilité et l’isolement des personnes âgées sont exposés sans le moindre fard. James Ashcroft — qui confirme son talent pour la tension après Balade Meurtrière (Coming Home in the Dark) — choisit d'installer son récit dans une maison de retraite. C'est un cadre dont le cinéma de genre s’empare rarement, pour y dépeindre la précarité physique et psychologique des résidents. Le juge Stefan Mortensen, magistralement interprété par un Geoffrey Rush sobre et convaincant, incarne cette fragilité absolue. Frappé par un AVC qui l’a laissé partiellement paralysé, cet ancien homme de loi se retrouve réduit au silence dans un corps qui ne lui obéit plus. Il est ce "vieux lion" blessé, encore fier mais piégé dans une cage institutionnelle où sa parole ne pèse plus rien face à l'indifférence ambiante.
Face à lui se dresse Dave Crealy (John Lithgow), dont le jeu oscille entre le tragique et le grotesque. Pensionnaire sadique, il utilise sa poupée Jenny Pen comme un instrument de terreur psychologique. Ce qui frappe, c'est l'intelligence de la confrontation : la fourberie d'une hyène s'attaquant à un prédateur déchu. Ce thriller, flirtant avec le fantastique par l'aura maléfique qu'il confère à la marionnette, transforme la sénilité en un enfer onirique et cruel.
Pourtant, le film est brillant mais il peut aussi vous perdre par sa froideur. Ashcroft fait le choix radical de n'offrir aucune attache extérieure : pas de famille, pas de passé, aucune respiration hors des murs de l'hospice. Si ce parti pris renforce l'idée d'un abandon total, il crée aussi une distance émotionnelle qui nous empêche de nous attacher pleinement aux personnages. On observe ce duel avec une certaine sécheresse, presque comme une expérience de laboratoire. C'est un pari risqué : ajouter de l'humain ou de l'extérieur aurait sans doute alourdi le récit et brisé l'isolement, mais ce vide volontaire pourra en déconcerter certains.
Cette sensation est accentuée par une structure narrative parfois confuse. Le film s'autorise des décrochages temporels, notamment une scène de mort placée au milieu du récit qui ne s'éclaire qu'à la fin. Dans cet environnement où les visages et les couloirs finissent par se ressembler, on peut parfois s'embrouiller, au point de perdre le fil des enjeux. Cependant, ce flou semble presque thématique : dans la déchéance et la folie, les identités se troublent, et le bourreau finit par se confondre avec sa victime.
En conclusion, The Rule of Jenny Pen est une œuvre marquante qui transforme une réalité sociale douloureuse en un cauchemar éveillé. Malgré une structure qui demande une attention constante et une atmosphère volontairement glaciale, le film résonne longtemps après le générique. C’est une réflexion amère sur ce qu’il reste de nous quand nos forces nous abandonnent, portée par un duo d'acteurs au sommet de leur art. Une pépite indispensable pour qui cherche un cinéma de genre capable de troubler les esprits par sa seule profondeur psychologique.
lNote de la Crypte : James Ashcroft s'impose définitivement comme un nom à suivre. Pour comprendre d'où vient cette noirceur et cette maîtrise de la tension, je vous invite à replonger dans sa première œuvre : [Balade Meurtrière, à lire ici].



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