top of page

[Critique] The Artifice Girl

  • Photo du rédacteur: irw20
    irw20
  • 2 janv.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 5 janv.

The Artifice Girl est un huis clos construit sur la puissance du verbe et l’économie de moyens. Si vous cherchez de l'action pure ou des effets visuels spectaculaires, passez votre chemin : ici, tout repose sur une tension psychologique constante et des dialogues ciselés. Le récit se déploie en trois actes, trois périodes chronologiques qui marquent une évolution profonde de son sujet. Notez que le film est uniquement disponible en version originale sous-titrée ; une exigence nécessaire pour savourer la précision des échanges et la justesse des interprétations. Mon conseil : entrez dans ce film sans lire le synopsis, laissez-vous porter par la structure de son premier acte. Si l'amorce vous captive, la suite vous marquera durablement.


L'économie de moyens au service de la tension

D’emblée, The Artifice Girl s’impose par son dépouillement. Franklin Ritch prouve qu’avec seulement quatre personnages et trois décors, le cinéma de genre peut atteindre une intensité que beaucoup de blockbusters perdent dans leurs effets spéciaux. Ici, pas de vaisseaux spatiaux ni d’action survoltée. La tension est purement psychologique, portée par une mise en scène millimétrée. Cette contrainte budgétaire devient une force : elle nous enferme avec les personnages, nous forçant à guetter chaque regard, chaque silence et chaque inflexion de voix. Le film se transforme en un huis clos chirurgical où le spectateur devient le juré d'un procès dont les enjeux nous dépassent.


Une réflexion éthique en trois actes

Le récit se déploie avec une audace narrative rare, s'étalant sur plusieurs décennies. Cette structure en trois étapes permet de suivre l'évolution de Cherry, une IA conçue à l'origine pour une mission sombre : piéger les prédateurs en ligne. Mais au-delà du thriller technologique, le film bascule rapidement dans une méditation profonde sur la conscience artificielle et les limites de l'humanité. La performance de Tatum Matthews est, à ce titre, déconcertante de justesse : elle parvient à incarner cette "non-humanité" qui s'éveille sans jamais tomber dans la caricature robotique. À ses côtés, la présence de Lance Henriksen apporte une gravité supplémentaire, créant un pont symbolique entre le passé de la science-fiction (Aliens, Terminator) et les questionnements futurs du genre.


Un dénouement poétique et radical

Le dernier acte prend le risque de la subtilité, s'éloignant des dénouements spectaculaires pour offrir une conclusion presque théâtrale. Là où certains pourraient attendre une explosion de violence ou un drame facile, Ritch choisit la réflexion pure. C’est une fin ouverte qui laisse planer des questions troublantes sur l'héritage, la solitude et la mémoire numérique. The Artifice Girl ne cherche pas à impressionner par la forme, mais par l'intelligence de son propos. C’est une œuvre qui reste en tête bien après le générique, nous rappelant que le cinéma de genre est avant tout une expérience intellectuelle et sensorielle.


Dans les coulisses de l'ombre : Anecdotes et Production

Pour prolonger l'expérience, voici quelques éléments qui permettent de mieux comprendre l'ovni qu'est ce film :

  • Un budget "micro" : Le film a été réalisé avec un budget extrêmement modeste (estimé à moins de 50 000 dollars pour le tournage principal). Franklin Ritch a écrit, réalisé et même joué l'un des rôles principaux (Gareth jeune) pour maximiser les ressources.

  • L'ascension d'un autodidacte : Franklin Ritch vient du monde du court-métrage indépendant. Il a tourné The Artifice Girl en Floride, loin des studios hollywoodiens, ce qui explique la liberté totale du ton et l'absence de concessions narratives.

  • Le choix de Lance Henriksen : L'acteur légendaire a accepté le rôle après avoir été impressionné par la qualité du script. Pour Ritch, avoir Henriksen n'était pas qu'un "nom" sur l'affiche, mais une manière d'ancrer son film dans l'histoire de la SF. Henriksen a d'ailleurs déclaré avoir été fasciné par la profondeur des dialogues.

  • Un tournage commando : En raison du budget, le film a été tourné très rapidement. Les acteurs ont dû apprendre des blocs de dialogues massifs, comme pour une pièce de théâtre, ce qui renforce cette sensation d'immersion et de continuité dans les échanges.

  • Le rôle de Cherry : Tatum Matthews, qui joue Cherry, a dû travailler une gestuelle très spécifique pour paraître "presque" humaine mais avec ce léger décalage (la vallée de l'étrange) qui caractérise les IA avancées.


Le Verdict : 8+/10

Un film indispensable pour ceux qui acceptent de se laisser porter par le dialogue. Une pépite de SF minimaliste qui redonne ses lettres de noblesse à l'écriture.


Commentaires


© 2035 by Écho des Ombres. Powered and secured by Wix 

bottom of page