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Southland Tales — L’Apocalypse selon Saint Richard (ou le suicide artistique en direct)

  • Photo du rédacteur: irw20
    irw20
  • il y a 6 jours
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 4 jours


C’est l’histoire d’un Icare moderne qui, après avoir volé gracieusement au-dessus des toits avec un lapin géant (Donnie Darko), a cru pouvoir viser le soleil avec des ailes en carton-pâte. Southland Tales n’est pas seulement un film raté ; c’est un accident Southland Tales, Richard Kelly, Dwayne Johnson, The Rock, Sarah Michelle Gellar, Seann William Scott, Justin Timberlake, film culte, science-fiction, dystopie, apocalypse, Cannes 2006, post-9/11, cinéma américain, film incompris, analyse film, critique cinéma, Donnie Darko, cinéma de genre, film d'auteur, Shadowzindustriel fascinant, une douche froide qui a glacé le sang de toute une industrie et, plus tragiquement, scellé le destin de son créateur.


Le casting de la dernière chance Pour mesurer l'ampleur du crash, il faut observer l'étrange équipage monté à bord de ce navire. Richard Kelly ne s’est pas contenté de vedettes ; il a recruté des transfuges en quête de rachat. Sur l’affiche, on croise un Dwayne "The Rock" Johnson encore prisonnier de son image de colosse de catch, cherchant désespérément un rôle de composition (il passe d'ailleurs le film à malmener ses propres doigts dans un tic nerveux censé traduire une angoisse existentielle). À ses côtés, Seann William Scott tente d'exorciser le fantôme potache d'American Pie, tandis que Sarah Michelle Gellar s'efforce de prouver qu'il existe une vie après Buffy.

C'était une troupe de cirque hétéroclite, tous venus chercher chez le « petit génie » Kelly une caution intellectuelle. Ils se sont livrés corps et âme, récitant des tirades métaphysiques avec une ferveur qui force le respect. Voir Justin Timberlake, le visage ensanglanté, entamer un playback halluciné sur du The Killers au milieu du film reste un moment de cinéma suspendu : c’est à la fois plastique, gênant et étrangement poétique. C’est l’essence même de Southland Tales.


La folie des grandeurs au prix du discount L'erreur fatale de Kelly fut un péché d'orgueil logistique. Il a écrit la partition d'une superproduction à cent millions de dollars — fin du monde, failles spatio-temporelles, dirigeables néo-futuristes et guerre nucléaire — mais n'en avait que dix-sept en poche.

C’est là que le bât blesse. Dix-sept millions, c’est beaucoup trop pour bénéficier de l'indulgence réservée au cinéma indépendant, mais c’est dérisoire pour donner vie à une telle fresque. Kelly a refusé de choisir. Au lieu d'épurer son récit pour l'adapter à ses moyens, il l'a complexifié à l'excès, prétendant même que la lecture préalable de trois romans graphiques était indispensable à la compréhension de l'intrigue. Un film qui impose des « devoirs à la maison » à son public avant même le générique d'ouverture signait déjà son propre arrêt de mort.


Le bûcher de la Croisette Le point de non-retour eut lieu à Cannes, en 2006. Imaginez le décor : le tapis rouge, les smokings, l'attente électrique pour le nouveau prodige. La projection dure 2h40. À la sortie, ce n’est pas une simple déception, c’est un séisme. Les critiques, furieux de s'être égarés dans ce labyrinthe indigeste, sortent les lames.

Paniqué, Kelly s'est enfermé en salle de montage pendant un an, sabrant vingt minutes et ajoutant des voix off explicatives — ce baume que l'on applique sur les œuvres qui sombrent. Mais le sort en était jeté. Le film s'est évaporé dans l'indifférence des salles, rapportant à peine de quoi couvrir les frais de restauration de l'équipe.

L'héritage d'un géant aux pieds d'argile Si cette douche est fixée à 10 °C, c’est qu'elle laisse le goût amer d'un gâchis monumental. Ce n'est pas un navet cynique produit pour remplir les caisses ; c'est l'œuvre d'un homme qui avait trop d'idées et personne pour lui imposer des limites.

Le spectateur, lui, en ressort simplement hébété, mais pour Richard Kelly, le coup a été fatal. Ce naufrage a brisé net une trajectoire qui s'annonçait brillante. Depuis ce film, le réalisateur n'a jamais retrouvé la grâce, ni la confiance des studios. Southland Tales demeure le mausolée de ses ambitions : grandiose, chaotique, fascinant par éclairs, mais définitivement inhabitable.


Verdict : Douche Froide

Température : 10 °C

On reste saisi, contemplant ce Titanic narratif sombrer alors que l'orchestre continue de jouer à plein volume. On respecte la chute, mais on grelotte devant l'étendue du désastre.



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