Vampires en toute intimité (What We Do in the Shadows, 2014) – Critique analytique
- irw20
- il y a 3 jours
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Il existe des films qui, dès les premières minutes, vous donnent l’impression de découvrir une pépite rare, un mélange improbable de génie comique et de sincérité touchante. Vampires en toute intimité (2014), coécrit et coréalisé par Jemaine Clement et Taika Waititi, est de cette trempe. Imaginez un faux documentaire, façon Confessions intimes, mais où les protagonistes ne sont pas des humains ordinaires, mais des vampires immortels, coincés dans une colocation miteuse à Wellington, en Nouvelle-Zélande. Leur quotidien ? Des disputes pour savoir qui a oublié de laver les tasses pleines de sang, des tentatives désespérées de séduire des proies en boîte de nuit, et des préparatifs pour le grand bal des vampires, l’événement social de l’année. Le film, tour à tour absurde, tendre et hilarant, réussit le tour de force de transformer le mythe du vampire en une comédie sociale, où l’immortalité n’est qu’un prétexte pour parler de solitude, d’amitié toxique, et de l’art de survivre à la médiocrité du quotidien.
Ce qui frappe d’emblée, c’est la maîtrise du ton. Vampires en toute intimité oscille entre la parodie des films de vampires (des références à Nosferatu aux clins d’œil à la Hammer) et une satire sociale déguisée. Les réalisateurs, qui jouent aussi les rôles principaux, ont écrit un scénario de 150 pages, mais c’est la spontanéité des acteurs et leur chimie qui donnent au film son rythme unique. Les scènes cultes s’enchaînent : la dispute pour le ménage, les tentatives de chasse désastreuses, ou encore les dialogues surréalistes entre Viago (Waititi), le vampire romantique et maladroit, et Vladislav (Clement), l’aristocrate décadent et prétentieux. Le film est tourné en faux documentaire, un format qui renforce l’immersion et permet de jouer avec les attentes du spectateur. On rit des situations, mais aussi de la façon dont les personnages, malgré leur immortalité, sont aussi pathétiques que des étudiants attardés.
Techniquement, Vampires en toute intimité est un modèle d’efficacité. Avec un budget modeste de 1,6 million de dollars, le film mise tout sur l’écriture et le jeu d’acteurs. Les effets spéciaux, volontairement low-tech (sang en ketchup, transformations ridicules), renforcent l’humour et l’aspect "fait maison". Les décors, les costumes, et même la lumière de Wellington, donnent à l’ensemble une atmosphère à la fois réaliste et onirique. Le film a rapporté 6,9 millions de dollars et reçu des critiques élogieuses (96% sur Rotten Tomatoes), prouvant qu’une comédie intelligente et bien écrite peut séduire un large public sans sacrifier son originalité.
La question de la VF : un cas d’école La version française (VF) de Vampires en toute intimité est un sujet à part. D’un côté, elle bénéficie d’un casting de doublage de qualité, avec des voix reconnaissables comme celle d’Alexandre Astier (Viago), qui colle parfaitement au personnage. De l’autre, elle souffre des limites inhérentes au doublage d’une comédie aussi dialoguée et subtile. Le décalage labial, inévitable dans les scènes rapides, casse parfois l’immersion, et certaines répliques perdent leur saveur originale, surtout celles qui jouent sur l’accent néo-zélandais ou les jeux de mots intraduisibles. Le verdict ? La VF peut être testée pour le plaisir (surtout pour entendre Astier !), mais la VO sous-titrée reste la version à privilégier pour une expérience fidèle et immersive. Comme tu l’as justement souligné, "ce n’est pas le même film" – et c’est bien dommage, car c’est une œuvre qui mérite d’être vue dans sa version la plus authentique.
Pourquoi ce film marque-t-il autant ? Parce qu’il ose mélanger les genres sans jamais perdre son âme. C’est une comédie, mais qui flirte avec l’horreur, le drame, et même le social. Les vampires ne sont pas des monstres, mais des marginaux, des anti-héros pathétiques qui peinent à s’adapter à un monde qui les a oubliés. Le film parle de solitude, de nostalgie, et de l’absurdité de la vie éternelle, le tout avec une légèreté qui force l’admiration. Les références au cinéma de genre sont nombreuses, mais toujours traitées avec affection et ironie. Et puis, il y a cette musique, ces plans serrés, cette lumière qui donne à Wellington des allures de ville fantôme… Vampires en toute intimité est un film qui respire l’amour du cinéma, sans jamais se prendre au sérieux.
La série dérivée : une suite logique ? Le succès du film a donné naissance à une série, What We Do in the Shadows (2019–), diffusée sur FX aux États-Unis et disponible en France sur Canal+ et Disney+. Transposée à Staten Island (New York), la série reprend la même recette : un mockumentary sur des vampires en colocation, avec des personnages renouvelés mais le même humour absurde et satirique. Si le film reste une perle d’originalité, la série a su trouver son propre rythme, avec des arcs narratifs plus développés et des guest stars hilarantes (comme Wes Anderson en vampire snob). À voir si vous avez aimé l’univers du film, mais en gardant à l’esprit que c’est une réinvention, pas une simple copie.
Verdict : 8,5/10 – Une comédie vampirique qui ne suce pas (que du sang) Vampires en toute intimité est une œuvre rafraîchissante, un film qui réussit le tour de force d’être à la fois drôle, intelligent, et touchant. C’est une comédie qui célèbre l’amitié (même toxique), la marginalité, et l’art de rire de soi-même. À voir absolument en VO pour savourer les dialogues et l’accent néo-zélandais, et à recommander à tous ceux qui aiment les films qui osent bousculer les codes avec élégance et impertinence


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