[Critique] What Keeps You Alive : Quand le style dévore la substance (et ma critique aussi)
- irw20
- 3 janv.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 5 janv.

« What Keeps You Alive » est un film qui m’a laissé un arrière-goût de frustration, mais aussi une certaine fascination. Colin Minihan sait filmer, ça ne fait aucun doute. Il a un sens aigu du cadre, une capacité à créer des atmosphères oppressantes, et certaines de ses idées visuelles sont tout simplement marquantes. Pourtant, malgré ces qualités indéniables, le film se saborde lui-même en accumulant des incohérences scénaristiques qui finissent par étouffer son potentiel de grand thriller psychologique.
Prenons d’abord ce qui fonctionne, car c'est là que le talent de Minihan éclate. La scène de la lutte filmée depuis l’étage du dessous en est un parfait exemple. On ne voit pas les personnages, mais on voit le parquet bouger sous leurs pas, les lustres trembler, et on entend les bruits sourds des coups, les craquements du bois, les halètements. C’est une idée audacieuse, presque expérimentale, qui crée une tension palpable. Minihan prouve ici qu’il maîtrise l’art de suggérer la violence plutôt que de la montrer, une qualité rare dans le survival moderne. Même chose pour la course-poursuite en barque, rythmée avec une précision chirurgicale, ou pour l’utilisation des lumières ultraviolettes qui révèlent le sang invisible. Ces moments montrent un réalisateur qui ose prendre des risques visuels et qui sait instaurer une menace sourde.
Mais c’est justement là que le problème se pose : ces qualités techniques, au lieu de servir une histoire solide, finissent par souligner ses faiblesses d'écriture. Le film fait le choix audacieux de révéler la vraie nature de Jackie très tôt, après seulement vingt minutes. Ce twist précoce obligeait le scénario à tenir sur une logique psychologique implacable, mais le récit s'effondre sous le poids de choix aberrants.
Pourquoi le bourreau, après avoir poussé sa victime dans le vide, prendrait-il le temps de rentrer chez lui pour brûler sa chemise déchirée et répéter ses larmes devant un miroir ? On comprend l'intention : montrer le narcissisme et la folie de Jackie. Mais en termes de timing, c'est absurde ; l'urgence serait de s'assurer du décès ou de sécuriser les lieux. Pourquoi découper les corps si c’est pour les jeter dans un lac profond ? Parce que Minihan voulait une scène gore, avec du sang partout, pour justifier l’utilisation esthétique des UV plus tard. Et que dire de cette voiture fantôme ? Ce couple de voisins qui arrive sans qu’on sache comment, et dont le véhicule disparaît purement et simplement du récit une fois qu'ils ont servi de chair à canon ? On sent que chaque élément est là pour servir une image forte, mais pas pour construire une histoire crédible.
Le film gâche ainsi un sujet pourtant passionnant : l'idée terrifiante que l'on ne connaît jamais vraiment la personne qui partage notre vie, ce "Borderline" qui bascule dans l'horreur. Ce vertige est balayé par un besoin constant de faire "joli" ou "choc". Même les flashbacks en noir et blanc, censés explorer la mémoire traumatique, semblent n'être qu'un exercice d'école un peu lourd, une couche de vernis cinéphile qui alourdit un film déjà surchargé.
Heureusement, l'interprétation sauve ce qui peut l'être. Hannah Emily Anderson est convaincante en prédatrice froide, mais c’est surtout Brittany Allen, dans le rôle de Jules, qui porte le film. Son interprétation, entre vulnérabilité totale et détermination féroce, donne une épaisseur à un personnage que le script malmène. Détail fascinant : Brittany Allen a elle-même composé la bande originale du film. Cette double implication apporte une cohérence sonore et une tension que la narration, hélas, ne parvient pas toujours à égaler. Le résultat ? Un film qui, malgré ses fulgurances, donne l’impression d’être un puzzle mal assemblé, où chaque pièce existe pour elle-même, sans former un tout.
Conclusion
Et puis, au final, je me dis que cette critique ressemble étrangement au film qu’elle analyse : trop longue, trop détaillée, et peut-être un peu trop ambitieuse pour son sujet. Comme si, moi aussi, j’avais voulu tout caser, les incohérences, les flashbacks, les UV dans un texte qui, au fond, aurait pu être plus simple. Un film moyen, une critique trop longue… on est quittes, non ?




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