[Critique Profonde] Le Village de M. Night Shyamalan : une critique en forme de labyrinthe
- irw20
- 7 janv.
- 4 min de lecture

Il y a des règles, ici. On ne pose pas de questions, on ne franchit pas les limites, et surtout, on ne regarde pas trop ce qui se cache derrière les mots. Le Village n’est pas un film comme les autres, alors sa critique ne le sera pas non plus. Imaginez que vous lisez ces lignes depuis l’intérieur du récit, comme si vous étiez assis à la table des anciens, écoutant leurs mises en garde. « Ne va pas trop loin, reste dans le chemin tracé. » Mais attention : à la fin, comme Ivy, vous sortirez. Et tout prendra sens.
Première partie : les murs invisibles
Au début, on croit connaître l’histoire. Une communauté isolée, des créatures dans la forêt, une jeune femme aveugle qui veut braver l’interdit. « C’est un thriller, se dit-on. Un conte. » On s’attend à des monstres, à des explications nettes, à un méchant bien identifié. Mais Shyamalan, lui, joue un autre jeu. Il ne nous montre rien. Juste des ombres, des chuchotements, des portes qui grincent sans jamais s’ouvrir tout à fait. On est comme Lucius, le personnage de Joaquin Phoenix : on sent qu’il y a quelque chose de pourri dans ce village, mais on ne sait pas encore quoi. Le réalisateur nous endoctrine, doucement. Il nous fait croire que nous aussi, nous sommes en sécurité ici. « Restez près du feu, ne vous aventurez pas dans les bois. »
Pourtant, des détails clochent. Pourquoi les anciens mentent-ils aux enfants ? Pourquoi cette obsession du rouge, couleur à la fois de danger et de passion ? Pourquoi Ivy, l’héroïne, est-elle la seule à vouloir savoir ? « Parce que la vérité fait peur, » murmure le film. Et c’est vrai. On a tous nos forêts interdites, nos mensonges bien pratiques pour éviter d’affronter le monde. Le Village n’est pas un film sur des créatures imaginaires. C’est un film sur les cages qu’on se construit soi-même.
La réalisation est impeccable, presque étouffante. Les plans serrés sur les visages, les silences qui s’étirent, la musique qui monte comme une menace… Tout est calculé pour qu’on se sente à la fois protégé et prisonnier. On comprend vite que le vrai sujet, ce n’est pas la forêt, mais ce qu’on est prêt à sacrifier pour ne pas y entrer. La peur de l’autre, bien sûr. Mais aussi la peur de décevoir, de perdre le contrôle, de grandir. « Et si dehors, c’était pire ? » chuchote Sigourney Weaver, avec ce sourire qui n’en est pas un.
Deuxième partie : la fissure dans le mur
Puis vient le moment où Ivy décide de partir. Et là, quelque chose se brise. Pas seulement dans le film, mais dans notre façon de le regarder. « Attends, se dit-on, ce n’est pas possible. » Les créatures n’existent pas. La forêt n’est qu’un leurre. Le vrai danger, c’était l’ignorance. Le village n’est pas une prison construite par des monstres, mais par des lâches.
C’est là que Le Village devient bien plus qu’un twist malin. C’est une claque. Parce que Shyamalan ne nous trahit pas : il nous révèle ce qu’on pressentait depuis le début. Les anciens ne sont pas des tyrans. Ce sont des parents, des voisins, des gens ordinaires qui ont eu trop peur pour affronter la réalité. « On a fait ça pour vous protéger, » disent-ils. « Pour votre bien. » Combien de fois a-t-on entendu ça, dans la vraie vie ? Les régimes autoritaires, les bulles informationnelles, les familles qui cachent leurs secrets… « C’est pour ton bien. » La phrase la plus dangereuse du monde.
Et Ivy, dans tout ça ? Elle est aveugle, mais c’est elle qui voit le plus clair. « La cécité n’est pas un handicap, ici. C’est une force. » Parce qu’elle ne se laisse pas aveugler par les apparences. Elle touche, elle écoute, elle doute. Bryce Dallas Howard est bouleversante dans ce rôle, à la fois fragile et incroyablement courageuse. « Je veux savoir, » dit-elle. « Même si ça fait mal. » On se surprend à l’envier.
Troisième partie : la sortie (ou pas)
À la fin, Ivy revient. « Pourquoi ? » On se le demande encore. Parce qu’elle a pitié ? Parce qu’elle a peur, elle aussi ? Ou parce qu’elle sait que la liberté, parfois, c’est aussi choisir de rester ?
Shyamalan ne nous donne pas de réponse. Et c’est ça, le génie du film. Il ne nous dit pas « Voici la vérité, maintenant vous êtes libres. » Il nous dit : « La voici. À vous de décider quoi en faire. » On sort du cinéma (ou de cette critique) avec un goût étrange dans la bouche. On a eu peur, on a été manipulés, et pourtant, on se sent plus léger. Parce qu’on a vu. Parce qu’on sait.
Épilogue : et maintenant, on fait quoi ?
Le Village n’est pas un chef-d’œuvre parfait. Certains trouveront le twist trop abrupt, d’autres regretteront l’absence de monstres « vrais ». « On m’a vendu un thriller, pas une fable ! » diront-ils. Mais c’est justement ça, sa force. Un film qui ose décevoir les attentes pour mieux nous surprendre.
Alors oui, Shyamalan a peut-être mal vendu son film. Oui, certains spectateur·rices sont sortis frustrés en 2004. Mais aujourd’hui, en 2026, Le Village ressemble à une prophétie. « Et si on vous disait que le monde extérieur était dangereux… vous le croiriez ? » On vit dans une époque de peurs fabriquées, de fake news, de replis communautaires. Le Village n’est pas un film sur le passé. C’est un miroir.
Pour aller plus loin (si vous osez franchir la limite) :




Commentaires