[Critique] Candy Land : Un slasher « White Trash » entre drame social et horreur graphique
- irw20
- 3 janv.
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 5 janv.

Par irw20
Avec Candy Land, John Swab nous propose une œuvre singulière, à la croisée des genres. Le réalisateur, fidèle à ses thématiques de prédilection — les marges de l'Amérique, les addictions et les drames sociaux — délaisse ici le polar pur pour s'aventurer sur le terrain du slasher, tout en conservant son regard de cinéaste indépendant.
Une immersion dans l'Amérique des « Inconsidérés »
Le film nous plonge dans le quotidien de travailleurs du sexe marginaux, surnommés les « lot lizards », qui survivent dans un relais routier du Montana. John Swab évite le piège du voyeurisme facile en filmant cette communauté avec une réelle tendresse. Il installe une atmosphère poisseuse, presque étouffante, où l'odeur de l'essence et du bitume brûlant semble transpercer l'écran.
Ce qui frappe d'abord, c'est l'authenticité de cette « famille » de parias. La solidarité qui les unit est palpable et donne au film un ancrage réaliste bienvenu. On sent ici la « patte » de Swab : une fascination pour les personnages brisés et les ambiances déclassées qui rappellent parfois le cinéma de Gregg Araki ou les débuts de Rob Zombie.
Un casting d'une justesse surprenante
La grande force de Candy Land réside dans son interprétation. Olivia Luccardi, dans le rôle de Remy, une jeune transfuge d'une secte religieuse fondamentaliste, est fascinante. Sa dualité, entre innocence apparente et fanatisme enfoui, porte le récit et interroge sur la persistance de l'endoctrinement.
La présence de William Baldwin apporte une crédibilité supplémentaire, mais injecte aussi une couche de noirceur particulièrement dérangeante. Il incarne un shérif fatigué, désabusé et profondément corrompu. Sous ses dehors de figure d'autorité protectrice, il révèle une nature perverse en profitant de son statut pour abuser de la vulnérabilité des travailleurs du sexe, notamment des jeunes hommes du groupe. Cette dynamique renforce le sentiment d'un monde sans issue, où ceux censés faire régner l'ordre participent activement à l'exploitation des plus fragiles.
Entre dérapage graphique et survol thématique
Cependant, malgré une maîtrise formelle évidente et une transition vers l'horreur pure assez rafraîchissante, le film laisse un sentiment de « trop peu ». John Swab aborde des sujets profonds — le fanatisme religieux, l'exclusion sociale, le poids du passé — mais il semble parfois les survoler au profit de la violence radicale du slasher.
Si la violence graphique est assumée et efficace, on peut regretter que l'intrigue reste un peu trop linéaire. Le réalisateur, habitué aux œuvres notées entre 5 et 6 sur les plateformes, confirme ici son statut de cinéaste intéressant dont le propos mériterait parfois d'être plus creusé pour égaler la force de sa mise en scène.
Conclusion : Candy Land est une curiosité efficace qui évite le piège du slasher générique grâce à son atmosphère moite et son casting solide. C'est un petit film de genre doté d'un véritable caractère, qui transforme un drame social en cauchemar poussiéreux. Même si certains thèmes sont abordés de manière superficielle, l'audace visuelle et la vision singulière de Swab suffisent à en faire une expérience recommandable pour les amateurs d'étrange.
Ma note : 6/10




Commentaires