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[Article] Les vidéoclubs, chronique d’un paradis perdu

  • Photo du rédacteur: irw20
    irw20
  • 7 janv.
  • 3 min de lecture

Les vidéoclubs ne sont pas nés avec moi, mais c’est bien dans les années 1995-2000 que je les ai fréquentés à leur apogée. À l’époque, ces lieux étaient bien plus que de simples commerces : c’étaient des portes ouvertes sur un monde invisible à la télévision hertzienne. Que ce soit à Belfort, où j'ai fait mes armes, ou plus tard à Lyon, dans le 1er arrondissement et sur les pentes de la Croix-Rousse, chaque visite était un rituel précis.

Pour moi, le vidéoclub n'était pas un lieu où l'on venait chercher des conseils, mais un espace de liberté absolue. Je ne m'en remettais pas au hasard : ma culture, je la forgeais en amont. J'épluchais religieusement les pages de Mad Movies, de L’Écran Fantastique, ou du précieux HK Magazine, ce dernier ayant même l'audace d'offrir une cassette avec ses numéros pour nous faire découvrir le cinéma de Hong Kong. Je savais exactement ce que je venais chercher. Ce que j'aimais, c'était le cinéma que je trouvais dans les vidéoclubs de quartier : cette possibilité physique d'accéder enfin aux titres que j'avais repérés sur papier. C'était la satisfaction de la traque : fouiller les rayons pour mettre la main sur la pépite convoitée et valider mes propres choix.

Mais derrière cette magie de l'accès immédiat se cachait une réalité économique impitoyable que j'ai découverte en enquêtant sur les coulisses de ces boutiques. Les indépendants devaient ruser pour survivre face au coût exorbitant des droits locatifs. À l'époque, une cassette destinée officiellement à la location coûtait environ 1 000 francs (150 €), un prix qui incluait le droit de prêt public, contre seulement 100 francs pour une version "Vente" destinée aux particuliers.

C'est là qu'intervenait la fameuse "bidouille", une pratique de survie quasi-généralisée. La méthode la plus courante était le "swap" de bandes : lorsqu'une cassette de location était trop usée, le gérant achetait la version "Vente" à bas prix, dévissait les deux boîtiers et intervertissait les bobines magnétiques. Il remontait la bande neuve dans la coque officielle "Location" pour rester en règle en cas de contrôle des distributeurs. D'autres techniques consistaient à récupérer des cassettes promotionnelles marquées "Interdit à la location" et à en couper physiquement l'amorce au début de la bande pour supprimer les messages légaux avant de les mettre en rayon. C'était techniquement illégal, mais c'est souvent grâce à ce bricolage que des films cultes, parfois censurés ou introuvables via les circuits classiques, ont pu continuer à circuler.

Tout a basculé au début des années 2000 avec l'arrivée du DVD et des bornes automatiques qui ont remplacé l'humain par une machine froide. Enfin, le streaming a achevé ce lent déclin. En l'espace de vingt ans, la France est passée de 8 000 vidéoclubs à une poignée de résistants. Aujourd'hui, même si les plateformes dominent, je garde cette nostalgie de l'objet et du lieu. À Lyon, sur les pentes de la Croix-Rousse, il reste d'ailleurs un symbole fort : l'ancien vidéoclub devenu l'Aquarium Ciné-Café. S'il n'appartient plus aux propriétaires d'origine et qu'il a récemment cessé son activité de location — qu'il maintenait pourtant encore courageusement en 2023 —, ce lieu a su muter. C'est devenu un espace de débat, un ciné-café très intéressant où la culture cinématographique continue de vibrer, mais sous une forme plus collective et vivante.

irw20


Ressources et "Passeurs" (Liens cliquables)


1. Blogs et sites spécialisés (VF)

  • Nanarland : Une référence absolue sur l'histoire de la VHS et du cinéma de genre.

  • Culture VHS : Un site dédié à l'archéologie de la cassette vidéo (jaquettes, logos).

  • DVDClassik : Dossiers de fond sur l'histoire du cinéma et du support physique.

  • Dark Side Reviews : Focus sur le cinéma d'Asie et de genre (esprit HK Magazine).


2. Plateformes de streaming "à ligne éditoriale"

  • Shadowz : Plateforme française dédiée au cinéma de genre.

  • LaCinetek : Grands classiques choisis par des réalisateurs.


3. Presse et Cinéma

  • Mad Movies / L'Écran Fantastique : Les revues cultes pour forger sa culture.

  • Clerks (1994) : Film de Kevin Smith sur le quotidien en vidéoclub.

  • Soyez sympas, rembobinez (2008) : L'hommage de Michel Gondry au bricolage du cinéma.


PS

En complément, je vous invite à lire ce témoignage d’un ancien vendeur de vidéoclub à la fin des années 2000, publié sur Le Gospel :« Peu de sexe, pas mal de mensonges et beaucoup de vidéos : ma vie de vendeur dans un vidéo-club dans les années 2000 »👉 https://le-gospel.fr/peu-de-sexe-pas-mal-de-mensonges-et-beaucoup-de-videos-ma-vie-de-vendeur-dans-un-video-club-dans-les-annees-2000/

Le ton est beaucoup plus comique, très personnel, et relève davantage de la chronique de vie que du récit historique ou de l’analyse culturelle. Le regard est celui de l’autre côté du comptoir, avec ses situations absurdes, ses clients, sa fatigue et ses petites compromissions du quotidien.


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