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[Critique] Eight Eyes : Un cauchemar en 16mm au cœur de la Serbie

  • Photo du rédacteur: irw20
    irw20
  • 3 janv.
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 5 janv.


Par irw20

Après avoir exploré d'autres pépites du cinéma indépendant récent, je me suis penché sur Eight Eyes, le premier long-métrage d'Austin Jennings. Ce film porte la marque indéniable de ses producteurs, Vinegar Syndrome, un éditeur américain célèbre pour restaurer des films de genre oubliés et qui commence maintenant à financer ses propres projets. L'objectif est clair : créer un film moderne qui a l'âme, le grain et la méchanceté d'un cauchemar perdu des années 70.


Une esthétique organique et poisseuse

La grande force du film réside dans son choix de production : bien qu'il s'agisse d'un projet américain, il a été entièrement tourné en Serbie. Ce dépaysement apporte une authenticité incroyable qui manque souvent aux productions tournées en studio. L'architecture brutale, les infrastructures délabrées et les paysages d'Europe de l'Est créent un sentiment d'isolement total pour le couple de touristes, Cass et Gav.

Techniquement, le film est un régal tactile. Tourné sur une pellicule 16mm avec des optiques russes anciennes, il possède un grain épais qui rend chaque plan organique, presque sale. On a l'impression d'exhumer une vieille cassette VHS retrouvée par miracle, une œuvre abrasive qui aurait survécu au temps. Cette recherche formelle s'accompagne d'un travail sonore remarquable : entre craquements, musiques stridentes et silences pesants, le film cherche à agresser les sens du spectateur autant que ses personnages.


Le malaise de la "politesse sociale"

C'est dans ce décor que surgit un point qui m'agace de plus en plus dans le cinéma récent (je pense notamment à Speak No Evil) : cette tendance à mettre en scène des victimes passives par simple politesse. On voit le danger arriver, on sent le malaise monter, mais les personnages restent "pour ne pas vexer l'hôte".

Pourtant, dans Eight Eyes, ce procédé passe un peu mieux pour deux raisons :

  • L'isolement géographique : Le couple est rapidement prisonnier d'une situation qui rend la fuite physiquement impossible dans une Serbie aux "couleurs mortes".

  • La dimension mystique : Le film assume un versant fantastique et cryptique. On sent que le couple est pris dans un engrenage mystique qui les dépasse, comme si leur destin était déjà scellé par une force obscure et ancienne (incarnée par le mystérieux Saint-Pierre). Cette part d'irréel finit par légitimer leur passivité : ils ne sont plus maîtres de leurs mouvements.


Un premier essai qui divise

Austin Jennings possède une véritable "patte" visuelle et il ne se contente pas de filmer une simple agression. Il utilise les décors serbes pour créer une atmosphère suffocante, avançant furieusement vers un final infernal sous forme de cache-cache cauchemardesque. Cependant, malgré cette maîtrise de la forme, le film peut laisser une sensation d'inachevé ou de trop-plein de "crasse" gratuite qui empêche une adhésion totale.

C’est une expérience sensorielle forte, à voir pour la beauté brute de son image et cette sensation de basculer dans un cauchemar dont on ne peut pas s'échapper, même si le fond peine parfois à égaler la forme.


Ma note : 6/10

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